VSF TriathlonLa Ferté Bernard (72)

5 Décembre : La SAINTELYON - 72 km de trail nocturne entre SAINT ETIENNE et LYON

8h01 le 5 DECEMBRE
Départ du train de La Ferté-Bernard à 08h01, le timing est bon, la nuit a été complète, ce long weekend s’annonce sous les meilleurs hospices. Arrivée à Lyon vers 13h00, vite dans une pizzeria, faire le plein de forces. Poursuite vers la halle Tony Garnier, récupération du dossard. Tout sent bon la course à pieds dans ce hall. On entre dans le monde de la compétition, amateur ou pro, mais que c’est bon. Long détour sur le site de mes amis corses du Restonica Trail (du 6 au 8 juillet 2017 à Corte) avec charcuterie à volonté, on ne résiste pas…

15h30
départ du premier bus vers St Etienne, j’arrive à en être. Toujours premier. Il fait chaud dans ce bus, propice à une petite sieste au pays des coureurs. Arrivée dans le hall B du parc-expo, encore vide, les souvenirs de l’an dernier sont de plus en plus présents. Dans quelques heures, plusieurs milliers de ces bipèdes de la nuit seront rassemblés, prêts à affronter le froid et la boue…

Pasta party
, mise en place de la tenue style « grand froid » (double couche en haut, fuseau, bonnet, gant, lampe frontale, sac d’hydratation, compotes, fléchettes…) et oups, déjà 23h00, vite, aller sur le départ…
TOP DEPART
Cette année, nouvelle procédure : départ à compter de 23h40, par vague de 1 300 coureurs toutes les 10 minutes. Pourquoi pas, de toute façon le débat n’est pas ouvert : c’est comme ça !
J’arrive à me faufiler jusque l’arrière de la première vague, non sans rencontrer quelques hostilités de personnes qui pensent que la course se joue sur sa place au départ. Chacun son avis…
On danse, on saute, et bizarrement, ces 40 minutes d’attentes dans le froid passent très rapidement…
10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, et c’est parti pour les plus de 6 000 coureurs qui se lancent sur les 72km solo. Le goudron sans dénivelé des premiers kilomètres sait se faire facile et même rapide, attention à ne pas se cramer d’entrée.

La course

On gère son effort sur les
7 premiers kils
, ensuite dans les chemins, ce sera plus facile de ne pas emballer la machine. Pour le moment tout va bien, contrairement à mon sentiment des derniers jours. En effet, cette fichue crève qui me fait consommer des kilomètres carrés de mouchoirs tout au long de la journée et cette douleur lancinante aux côtes suite à un contact appuyé lors d’une partie d’ultimate au boulot, voila quelques jours, ne laissaient rien présager de bon.
Ne pas faire la course ? Déclarer forfait ? Impossible sur un événement de cette ampleur, préparé depuis de nombreuses semaines. Trop d’investissement humain pour abandonner si près du but. Même si avec un peu de recul et la tête froide, cette solution de la sagesse aurait été sans doute la meilleure. Mon esprit de compétition développé à l’extrême en a décidé autrement… Bah, tous les sportifs que je connais auraient fait de même.

Seize kils plus loin
, moral au beau fixe, j’arrive au premier ravito, dans lequel je ne vais pas m’arrêter. Trop tôt, encore de l’eau plein le sac, je me ravitaillerai en solo avec une compote et une fléchette d’antioxydant.
Poursuite dans la nuit et début des passages difficiles. Objectif : gérer l’effort jusqu’au deuxième ravito. Ensuite, passage le plus dur pour moi : le tiers central de la course (entre le 2ème et le 4ème ravito). Après, reste à finir, c’est une autre forme d’effort sur le dernier tiers.
Trop concentré sur le déroulement de ma course, j’ai du mal à vous décrire les passages difficiles, les côtes, descentes et passage humides remplis de boue qui se succèdent, ou les replacer dans la course.
Juste des sensations et le moral

Arrivé au 2ème ravito
(les ravitos, vous l’aurez compris, rythment ma course et me servent de repère), je commence (déjà !) à être entamé. Voilà qui n’est pas bon signe. Le moral souffre en se remémorant les passages difficiles vécus l’année passée. J’ai déjà reniflé à peu près 4 526 798 fois et c’est sûr, j’aurai dû passer aux WC juste avant de partir : erreur de débutant… Après une petite pause, poursuite de la route, vers la portion la plus difficile…
C’est de plus en plus dur, mes côtes me font souffrir et je tousse et mouche non-stop. Je ne suis pas dans le meilleurs des états mais j’essaie de mettre la remontée de moral en route, ce sera la seule chose qui pourra sauver ma course. Pensées positives, tous ces entrainements n’ont pas été faits pour rien… Ah, et pis au club, ils croient tous que je sais courir, on ne peut pas faire une contre-perf, honte absolue sur 8 générations… Combien j’ai mis l’an dernier……. ah oui ……. 7h43. Objectif annoncé au départ, faire mieux qu’en 2015. Pfff, quel âne d’annoncer des trucs pareils, je suis propre maintenant… Bon, essayons au moins de mettre moins de huit heures et l’honneur sera sauf.
Ce sera le fil conducteur jusqu’à l’arrivée : moins de huit heures, moins de huit heures, moins de huit heures… Les côtes, le nez, les côtes, le nez, tout va mal. Un coup d’œil sur la montre. Non, surtout pas, courir juste aux sensations et ne pas se mettre dans le rouge… Oui, mais avec mes jambes de 90kg chacune, je suis plus proche de la vache se rendant à l’abattoir que du cabri en pleine nature ! Qu’à cela ne tienne, moral, moral, tu vas me sauver…
Tant bien que mal, j’arrive au
troisième puis au quatrième ravito.
Douleurs aux jambes, comme un débutant, mais toujours là… Entre ces deux abreuvoirs, on passe le marathon, moment et repère important mais difficile, quand on redescend sur terre, conscient qu’il en reste 30 derrière !
Dernier tiers de la course, donner ce qu’il reste. Chaque enjambée est difficile mais le but approche et c’est incroyable, mais ma montre ne m’indique pas des valeurs catastrophiques de temps. Cette douleur et cette difficulté d’accomplissement, bien plus que l’an dernier, seraient alors utiles ?
 
Le moral remonte à mesure de
l’arrivée qui approche.
On tient le bon bout. J’arrive même à accélérer pour les derniers kils sur Lyon.
Enfin le moment tant attendu, passé le pont Raymond Barre, l’arrivée se profile, entré dans la halle Tony Garnier, passage sous l’arche. C’est fini, une de plus. Vite le verdict du chrono, sourire ébahi au visage : 07h24min.
Le bonheur, décharge d’endorphine comme seuls les sportifs les connaissent.
Le classement : 163ème au scratch, 46ème V1
, contrat rempli, tous mes indicateurs corporels et moraux remontent dans le vert vif.
 

Je marche comme un vieillard, chaque mouvement est douloureux, mais la joie emplie ma figure, le sourire ne s’effacera pas de sitôt. Je peux rentrer sur la Ferté sans me faire chambrer, c’est déjà pas mal… L’année prochaine ? Bien sûr que j’y retourne. Comme le slogan de cette course le stipule, j’espère que d’autres « amateurs éclairés » m’accompagneront…
 
et en 2017 ? ...
Un regret dans cette émotion de bonheur intense ? Un petit, un minime, ne pas avoir pu porter les couleurs de mon nouveau club. Pas au sens propre du terme, les conditions climatiques nous imposant d’autres vêtements que des tee-shirts, mais peut-être un petit drapeau du VSF, si ça existe ou autre, pour le passage sous l’arche. Ce sera pour 2017…

Arnaud